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Marion Charlet : Jeux d’artifices

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Marion Charlet peint des paysages flottant entre deux mondes : celui des lieux bien réels qui l’ont profondément marquée, et celui que le rêve et le souvenir déplacent vers l’imaginaire. Ses compositions, précises et délicates, irradient de lumière et de couleurs vives, presque vénéneuses. Suspendue entre deux instants, sa peinture invite à la contemplation et aux voyages immobiles.
Les Lillois pourront la découvrir les 23 et 24 avril prochains lors de la 5ème édition des Maisons Folles de Ronchin. Pour l’heure, elle nous accueille dans son atelier bruxellois et lève, avec générosité, le voile sur son cheminement créatif.

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Ci-dessus : Marion Charlet à côté de Soledad, un grand format peint en 2015.      Crédit photo : Giulia Andréani

Crédits : ©Marion Charlet

Crédits : ©Marion Charlet

Pouvez-vous nous parler de votre formation artistique ?
Elle a pris des chemins détournés. En 2000, je faisais des études de droit, pas forcément heureuse de ce choix. Puis un jour, dans le métro, j’ai croisé cette fille qui se baladait avec son carton à dessins sous le bras. Ç’a été comme un déclic. Je crois que j’ai eu envie d’être à sa place ou en tout cas, ça m’a renvoyé l’idée que je n’étais pas à la mienne. Je ne suis plus jamais retournée à la Fac. J’ai d’abord bifurqué vers des études de graphisme. L’idée d’intégrer une école des Beaux-Arts était là, mais sans soutien financier, c’était compliqué. J’ai dû attendre 2006 pour que les conditions soient réunies et enfin passer le cap. Mon professeur de dessin, l’artiste Stéphane Calais, m’a encouragée à aller à Nice, à la Villa Arson.

Pensez-vous que l’école des Beaux-Arts ait été décisive dans votre cheminement créatif ?
Les Beaux-Arts ne contribuent pas forcément à améliorer sa technique mais je trouve ça injuste de dire, comme on l’entend souvent, qu’on n’y apprend rien. On y apprend déjà à se poser des questions, à réfléchir à la notion d’artiste. Encore maintenant, cet état d’esprit me permet de me renouveler, de continuer à trouver du sens au fait de peindre. Dès le départ, on nous incite à nous inscrire dans l’histoire de l’art. Les conférences, les workshop, les rencontres avec des artistes contemporains aiguisent la curiosité et facilitent les échanges. Ça aide à suivre sa propre voie en connaissance de cause.

Pourquoi avoir choisi la peinture ?
Je me suis concentrée sur la peinture à partir de la troisième année. Ça m’a semblé être le médium le plus adapté à mon envie de me mettre à nu. Je venais du graphisme, j’avais fait pas mal de sérigraphie en deuxième année, et j’avais l’impression qu’il était temps de prendre des risques, d’explorer une technique qui laisse peu de place aux repentirs. La découverte de nombreux peintres a bien sûr été prépondérante dans ce choix.

Crédits : ©Marion Charlet

Crédits : ©Marion Charlet

Quels peintres en particulier ?
Albert et Markus Oehlen, Martin Kippenberger… toute l’école allemande des années 80 en fait. Leur énergie picturale et intellectuelle, la liberté qui en découle, m’ont beaucoup marquée. J’ai également ressenti des émotions très fortes face à certaines des toiles de David Hockney. Son approche décomplexée de la peinture, sa faculté de renouveler son sujet, d’explorer encore et toujours le paysage continuent de me fasciner. En 2008, dans le cadre des échanges Erasmus, j’ai suivi ma scolarité à Londres, au Chelsea College, la multitude de musées, leur gratuité, m’ont permis de découvrir et d’approcher la peinture de nombreux artistes. C’est cette année-là qu’a eu lieu la grande rétrospective de Peter Doig dans la capitale. J’ai été absorbée par ses grands paysages oniriques, l’audace de ses couleurs.

Les formats de vos toiles varient. En fonction de quels critères faites-vous le choix de la dimension du tableau ?
Faute de place ou d’argent, je n’ai pas toujours pu réaliser autant
de grands formats que je le voulais. Ce que j’aime dans le grand format, c’est qu’il offre à celui qui le regarde la possibilité de s’immerger totalement dans l’espace de la toile. Il permet un temps d’arrêt, un voyage instantané dans le paysage. Mais attention, si je fais également des petits formats, ce n’est pas par défaut. La relation est différente, plus personnelle sûrement. Je les vois un peu comme des hublots. D’ailleurs, si je les encadre, c’est sans doute pour renforcer l’analogie. Il faut s’en approcher, faire l’effort de venir à eux pour qu’ils se livrent.

Malgré quelques travaux à l’huile, vous semblez avoir une prédilection pour la peinture acrylique.
J’ai fait assez peu de tableaux à l’huile au final. Je m’y suis essayée par curiosité, pour savoir ce que je pouvais faire de ce médium que beaucoup me conseillaient. J’y ai pris du plaisir en adaptant la technique à ma façon, sans académisme. Mais la peinture à l’huile, c’est cher, j’y reviendrai peut être un jour… En attendant, mon médium, ça reste l’acrylique. Je veux me concentrer sur les possibilités de cette matière. C’est long de parvenir à la maîtrise d’une technique, d’explorer tout son potentiel, de parvenir à la bonne vibrance. C’est un travail d’alchimie pour obtenir la bonne recette. Grâce à l’acrylique, je vais plus facilement vers le rendu souhaité : des couleurs acides, presque artificielles, une lumière irisée. J’insère parfois des paillettes dans mes ciels, entre plusieurs couches de peintures très diluées. Cela donne un aspect changeant en fonction de la lumière qui éclaire le tableau. J’aime l’idée qu’on puisse avoir l’impression de voir une peinture différente selon qu’on la regarde le matin ou le soir. Je ne pense pas que je pourrais parvenir à ce type d’effet avec l’huile.

Est-ce que vous commencez chaque peinture avec une idée précise de l’image que vous souhaitez atteindre, ou le geste vous emmène-t-il vers un résultat différent de l’intention ?
Je passe beaucoup de temps sur chaque tableau et j’aime avoir la maîtrise de l’œuvre, tout au moins de son architecture. La végétation s’exprime, elle, plus librement que le reste. J’élabore toujours une image préalable, une esquisse sur Photoshop où j’accumule de nombreuses photos. Je peux parfois avoir jusque 50 calques qui se superposent. C’est presque comme la programmation du tableau à venir.

Crédits : ©Marion Charlet

Crédits : ©Marion Charlet

Vos tableaux questionnent la notion de paysage. On peut se demander s’ils sont imaginaires ou non. L’utilisation de photos indique cependant qu’ils ont un ancrage dans le réel.
Oui, tout part toujours d’un lieu, le plus souvent familier, que j’ai moi-même photographié. J’ai besoin de ce rapport intime avec le sujet. J’essaye d’évoquer le souvenir de ces endroits qui m’ont marquée. Je cherche l’équilibre entre leur existence concrète et les traces, subjectives et rêvées, qu’ils ont laissées en moi.

L’humain, à de rares exceptions, est physiquement absent de vos œuvres. On se demande où il est passé. Un indice ?
Je pense que la présence de l’humain c’est d’abord la mienne, celle que j’occupe dans l’espace au moment où je peins. Une fois le tableau terminé,
je cède ma place aux différents regardeurs qui vont lui faire face. Je ne cherche pas la narration dans mes toiles, mais un temps en suspens que chacun peut investir à sa guise. La récurrence des échappatoires – escaliers, vitres ou portes ouvertes – peut sans doute aiguiller le cheminement de celui qui regarde ma peinture, mais ce n’est pas à moi d’en interpréter le sens.

Ci-dessus : Escape - peinture acrylique -200 x 150 cm Ci-contre : Tour de garde - peinture acrylique -162 x 114 cm

Escape – peinture acrylique -200 x 150 cm

Vous êtes une artiste française expatriée à Bruxelles. Qu’est-ce que vous êtes venue chercher dans la capitale belge ?
Initialement, ce n’était pas un choix stratégique, juste un déménagement pour raisons familiales, mais Bruxelles m’a beaucoup apporté. Ici, les acteurs de la scène artistiques se côtoient facilement, sans hiérarchie, dans une ambiance décontractée qui favorise les échanges et qui multiplie les envies de découvertes. Dans une même soirée on peut enchaîner
les vernissages, engager des discussions passionnées avec des artistes, des galeristes et des critiques d’art. Même dans les galeries prestigieuses, on vous accueille avec bienveillance. Ce qui n’est pas forcément le cas à Paris, par exemple. Depuis que je suis à Bruxelles, j’ai tissé des liens durables et profonds avec beaucoup de créateurs, des Belges bien sûr, mais également de nombreux Lillois qui profitent de la proximité géographique et culturelle des deux villes.

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Feeling Forest – peinture acrylique – 116 x 89 cm

Vous participez d’ailleurs en avril aux Maisons Folles (exposition d’art contemporain chez des habitants de la ville de Ronchin). Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce projet ?
J’aime bien l’idée d’exposer hors des sentiers battus. Ce projet offre la possibilité aux artistes participants [ils seront une quinzaine à exposer cette année, les 23 et 24 avril prochains. NDLR] de toucher un public différent de celui qui fréquente les lieux habituellement réservés à l’art. Cela coïncide avec mon envie d’offrir ma peinture au regard du plus grand nombre et de recevoir le ressenti de chacun en échange. J’ai déjà rencontré la famille qui va nous accueillir, mon travail et moi, pendant le week-end des Maisons Folles. C’est quand même sacrément généreux et audacieux de leur part d’ouvrir ainsi leurs portes aux créateurs et aux visiteurs. Ça m’a donné envie de faire quelque chose de plus qu’une simple exposition de mes travaux. De là est née l’idée d’inviter un autre artiste, de partager moi aussi cet événement. Nicolas Nicolini a répondu à la demande. C’est un peintre qui détourne la conception classique du paysage en y insufflant une bonne part de dérision. Sous le titre un peu mystérieux «La Narratrice et l’Interprète», notre projet a pris le sens d’un dialogue entre nos deux univers.

Avez-vous d’autres projets d’exposition ?
Oui, j’ai la chance d’avoir une actualité assez dense les prochains mois. En avril, je participe à la Young International Art Fair de Bruxelles. Je dois remettre, peu de temps après, la peinture qui a été retenu par la fondation Colas pour son exposition sur le thème de la «route». Et je continue à peindre, quotidiennement, avec en perspective une exposition personnelle en 2017 à la galerie Virginie Louvet, qui me représente depuis peu.

Pallas - peinture acrylique - dyptique : 2 x 200 x 150 cm

Pallas – peinture acrylique – dyptique : 2 x 200 x 150 cm

 

marion_charlet_artiste_lemonlemag_lille_9Marion Charlet
Né en 1982 – Vit et travaille à Bruxelles

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES :

• 2015 – AS LONG AS IT LASTS GALERIE VIRGINIE LOUVET, PARIS

• 2014 – PEINTURE, GALERIE D’ART DE CRETEIL, CRETEIL

• 2010 – HAPPY BLUE, GALERIE PREMIER PREMIER REGARD, PARIS


 

 EXPOSITIONS COLLECTIVES EN 2015 :

• DEPENDANCES, CURATE PAR ORGANISME ONIRIQUE, CRASH GALERIE, LILLE

• FURIOSITE, CURATE PAR JULIE CRENN,  GALERIE FREDERIC LACROIX, PARIS

• VENDANGE TARDIVE, CAC MEYMAC, MEYMAC

• PEINDRE, DIT-ELLE, CURATE PAR JULIE CRENN  ET ANNABELLE TENEZE, MUSEE DEPARTEMENTAL D’ART CONTEMPORAIN DE ROCHECHOUART, ROCHECHOUART

• LE KABINET DU DESSIN, LE KABINET, BRUXELLES

• EXPOSITION DES NOMINES DU PRIX ANTOINE MARIN, GALERIE JULIO GONZALEZ, ARCUEIL

Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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