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FRANCK POPULAIRE : IMMERSION AU COEUR DU PAYSAGE

Dans les tableaux de Franck Populaire, la végétation dense, les percées de lumière et les étendues aquatiques se mêlent et se confondent pour envahir tout l’espace. L’immersion totale au cœur de la toile et du paysage nous plonge avec délectation dans un univers pictural d’une infinie richesse. L’œil glisse à la surface, voyage entre les motifs tour à tour abstraits ou réalistes et effleure le geste qui réconcilie comme par magie l’accident et la maitrise.

propos recueillis par Benjamin Défossez

Immersion 5 - huile sur toile - 180x138 cm - 2011
Immersion 5 - huile sur toile - 180x138 cm - 2011

Quand as-tu commencé la peinture ?
Je crois que j’ai fait mes premières peintures à l’age de 16 ans. Un peu par vanité en fait, pour savoir si j’étais capable de copier des toiles célèbres. Je faisais surtout du dessin à cette époque là. J’avais déjà du boucler 4 ou 5 bandes dessinées que personne, du reste, n’a jamais vues.

Et comment l’envie de peindre a-t-elle survécu à l’adolescence ?
Après un passage éclair en Philo puis une licence en  Histoire de l’Art, j’ai décidé de m’orienter vers des études d’Arts Plastiques. C’est là que j’ai véritablement découvert l’art contemporain et des artistes qui ont durablement influencé ma propre approche de la peinture. J’ai effectué mon mémoire de maîtrise sur les peintres expressionnistes abstraits américains. Philip Guston, Jackson Pollock, Willem de Kooning et beaucoup d’autres avaient une conception de la peinture qui continue de nourrir la mienne. Leur gestuel, leur travail sur la couleur et sur l’espace pictural m’ont profondément marqué. La notion de All-over apparue à cette époque est constituante de ma propre appréhension du tableau. J’aime l’idée qu’on ne puisse pas définir de point central à l’œuvre, que l’on puisse imaginer qu’elle se poursuit au delà des frontières physiques du tableau.

Ton sujet a-t-il toujours été le paysage ?
Non. Après la Fac, il y a eu des années d’errements artistiques, de recherche de sujets. Je dois notamment le déclic du paysage à Patrick Poulain, directeur de la galerie LaSécu. À l’époque la figure humaine occupait une place centrale dans ma peinture. Je questionnais la part de contamination opérée par la présence de l’homme sur son environnement. Lors d’une journée «portes ouvertes» à l’atelier, Patrick m’a dit que ce qu’il appréciait surtout dans ma peinture, c’était le paysage, pas les personnages. Cette réflexion m’a d’abord heurté car elle remettait en cause le sens même de mon travail mais l’idée a fait doucement son chemin. Je me suis rendu compte que je prenais effectivement plus de plaisir à peindre le paysage qu’à y faire figurer des personnages. J’avais en fait du mal à me détacher d’une certaine rigueur réaliste que je m’imposais dès que je voulais représenter une figure humaine. Et cette rigueur fige chez moi le geste et l’audace pour aboutir à un résultat plus proche du dessin colorié que de la peinture.

Il n’y donc pas de réalisme dans ta peinture de paysage ?
Disons que maintenant dans ma peinture ne se pose plus la question de la fidélité au sujet. Les paysages que j’élabore sont un mélange de souvenirs de promenade, de fragments d’éléments photographiques et surtout ils sont dictés par des critères purement picturaux. Je suis guidé par le geste, par les hasards imposés par la peinture elle même. Les accidents heureux ou malheureux provoqués par exemple par les coulures font partie de l’histoire du tableau et me permettent d’explorer les limites de la représentation du paysage. C’est comme un jeu de domino, chaque nouvel élément a une incidence sur l’ensemble du tableau. Parfois, au bout d’un mois de travail, il m’arrive de devoir tout reprendre car ce que je viens d’ajouter sur la toile remet en question l’intégralité de son équilibre. Sur le coup, ça ressemble à une catastrophe mais ça permet d’aller dans une direction imprévue qui ouvre de nouvelles perspectives.

Pourquoi peindre essentiellement de grands formats ?
Pour des raisons liées au plaisir du geste et pour me libérer de la stricte minutie. Je peux me laisser aller à une certaine violence libératoire du mouvement sans faire attention aux coulures, éclaboussures et autres débordements. C’est une façon de jouer avec ce hasard dont nous venons de parler. En comparaison avec les expressionnistes abstraits américains, le format de mes toiles reste cependant fort raisonnable. Mais, comme eux, j’aime l’idée que les motifs pourraient continuer à se développer indéfiniment si le format du tableau n’imposait pas de limites. Et puis, je prends du plaisir à m’immerger simultanément dans la toile et dans le paysage. Il faut juste savoir prendre le recul nécessaire pour trouver l’équilibre de l’ensemble et aboutir à une composition finale qui me conviennent.

Tu peins également des petits formats. Te servent-ils de laboratoire pour les plus grands ?
J’y ai cru mais les techniques sont trop éloignées. Pour contrebalancer la relative maîtrise et la tentation illustrative, avec les petits formats je ne passe pas par le geste mais par des étapes de destruction. J’ajoute de l’huile, de l’essence pour modifier radicalement la structure du tableau et pour pouvoir ensuite le reconstruire différemment. Mais la finesse des accidents n’est pas reproductible sur de grands formats, en tout cas pas avec les mêmes procédés. Le petit format est donc vraiment devenu un travail à part entière.

Quels sont tes projets d’exposition ?
Je travaille sur un projet qui concerne cette fois mon travail photographique. J’ai toujours fait de la photo en parallèle de la peinture même si je l’ai beaucoup moins exposée. Les liens entre ces deux modes d’expression sont chez moi assez proches. Je continue à explorer en photo mon rapport intime au paysage. Cette exposition mettra en regard ce travail et les textes du musicien Samuel Bodart. Son œuvre poétique évoque subtilement les thèmes de l’espace et du passage et renvoie de façon troublante aux émotions qui guident ma représentation du paysage. Chez lui, la forme du texte – la longueur de la ligne, la typographie, l’épaisseur de la lettre et la mise en page – participe au sens et se prête particulièrement au fait d’être exposé. Il ne nous reste plus qu’à trouver le lieu adéquat et les derniers financements de production.

Immersion 11 - huile sur toile - 165x119 cm - 2014
Immersion 11 - huile sur toile - 165x119 cm - 2014
Immersion 17 - huile sur toile - 153x130 cm - 2016
Immersion 17 - huile sur toile - 153x130 cm - 2016
Immersion 4 - huile sur toile - 184x133 cm - 2010
Immersion 4 - huile sur toile - 184x133 cm - 2010
Immersion 16 - huile sur toile - 150x120 cm - 2016
Immersion 16 - huile sur toile - 150x120 cm - 2016
Immersion 14 - huile sur toile - 150x120 cm - 2015
Immersion 14 - huile sur toile - 150x120 cm - 2015
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Tentative - huile sur toile - 18x24 cm - 2016
Benjamin

benjamind@refred.com

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