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Beb-Deum de chair et de pixels

Propos recueillis par Benjamin Défossez

Depuis maintenant près de quatre décennies, Beb-deum marque de son empreinte et de son talent le monde de l’illustration. De ses débuts précoces et remarqués dans le foisonnant Métal Hurlant, à ses portraits numériques qui offrent une nouvelle façon de représenter l’homme d’aujourd’hui et de demain, il n’a eu de cesse de renouveler son style et ses influences en poussant toujours plus loin sa virtuosité technique.
Alors qu’il travaille à la sortie du très attendu Mondiale™, un projet de livre et d’exposition synthétisant 10 ans de recherches protéiformes sur les thèmes du métissage et de la globalisation, il nous parle avec clairvoyance de son cheminement créatif.

©Beb-deum - Li Wei, image numérique, 80 x 120 cm, 2008

©Beb-deum – Li Wei, image numérique, 80 x 120 cm, 2008

Vous souvenez-vous du moment où vous avez décidé de vous consacrer entièrement au dessin ?
D’aussi loin que je me projette dans le passé, que ce soit avec le dessin ou la pâte à modeler sur la table en formica de la cuisine familiale, je me vois inventer des mondes, plonger dans des univers imaginaires où j’avais le sentiment de vivre pleinement. J’ai toujours ce besoin aujourd’hui même si je sais que ce sentiment de plénitude peut être trompeur. J’ai maintenant conscience que la vraie vie est ailleurs, qu’il me faut m’ouvrir au réel et tenter de le saisir dans une variété de formes plus variées. En faire mon métier n’a pourtant pas été d’emblée une évidence. Je me disais que ce n’était pas pour moi ; quelle extravagance de vouloir seulement y penser !..  et puis à 15 ans, la découverte de Moebius dans le premier numéro de Métal Hurlant… un véritable choc… tout était donc possible : dessiner ce que l’on veut, même sans queue ni tête, être publié !?… L’idée commence alors à faire son chemin jusqu’au moment où, avec le soutien de ma mère, je change d’orientation scolaire pour rentrer aux Arts Appliqués. L’horizon s’éclaire vraiment, je me sens mû par un désir impérieux de me consacrer pleinement au dessin qui ne me quittera plus.

Le passage par l’école supérieure des Arts Appliqués a-t-il été déterminant dans l’élaboration de votre style ?
Dans la mesure où l’on se forme, où l’on apprend des techniques, où l’on se confronte aux différents métiers, aux nouveaux amis du même monde, oui, sans doute. Mais la passion qui me portait, bien antérieure à l’école d’art, a été bien plus déterminante : le «style», graphique en l’occurrence, qui n’est sans doute qu’une façon de vouloir se montrer aux autres et qui ne fait que s’affirmer inconsciemment au fil du temps est déjà là, inscrit en vous.

©Beb-deum - Overgreen, image numérique, 80 x 120 cm, 2015

©Beb-deum – Overgreen, image numérique, 80 x 120 cm, 2015

Il y a presque 20 ans, vous abandonniez crayons et pinceaux pour vous lancer dans la création numérique. Qu’êtes-vous allé chercher avec cette nouvelle technique ?
Une simple évolution technique sans penser que ce serait pour moi une révolution artistique, une nouvelle façon de penser mon expression, mon rapport aux autres. J’ai toujours eu le souci du détail, poursuivi la quête d’une certaine perfection et je m’étais épuisé avec les techniques traditionnelles : aquarelle, encre, aérographe, feutre… La palette graphique m’a soulagé et a renouvelé mon processus créatif. Ce n’était plus simplement l’envie de dessiner mais plus largement, celle de créer qui s’est imposée à moi.

Le défi qui consiste à commencer un nouveau dessin sur une page blanche est-il le même avec l’utilisation des outils numériques ? Le but est-il de maîtriser totalement son sujet ?
L’outil numérique, c’est la création pure, l’imaginaire transcendé ; l’image mentale s’imprime sur… rien. De virtuelle, elle reste virtuelle, c’est magnifique !… sauf pour le compte en banque, il faut alors remettre les pieds sur terre et trouver des supports pour diffuser et commercialiser ce travail digital et pouvoir en vivre quelque peu. Plus concrètement, j’arrive à m’exprimer plus profondément avec le numérique, je suis moins déçu, moins frustré que dans le passé. Pas de trahison de la main ou d’outil déficient, tout semble couler de source, du cerveau au disque dur sans intermédiaire. J’ai le sentiment que je ne travaille plus que sur une seule image qui n’a pas de fin et qui évolue au fil des commandes ou des projets personnels… c’est un outil parfait pour moi, même s’il m’a isolé du milieu professionnel et des confrères de ma génération.

 

©Beb-deum - Mentale incubation, image numérique, 120 x 200 cm, 2011

©Beb-deum – Mentale incubation, image numérique, 120 x 200 cm, 2011

Depuis quelques années, vos travaux personnels se concentrent sur le thème de l’hybridation. Est-ce une façon d’anticiper les effets de la révolution numérique sur l’homme de demain ?
La noirceur des années 30, des mondes concentrationnaires et oppressants a inspiré mes premiers pas en bande dessinée. Ces influences ont fortement évolué lors de ma résidence au Japon pour aboutir, dès mon retour en France, à ce virage créatif et technique, à ce saut dans le numérique. Internet, les univers virtuels, la lumière, la couleur, la transparence, le mélange, tout ça devenait une nouvelle source d’inspiration et de création, sur le fond comme sur la forme. La main n’était plus indépendante de l’esprit, tout se confondait : hybridation totale, source de création totale. Dès lors, l’individu qui cherche à s’intégrer au groupe, thème grandement autobiographique, sur lequel j’ai toujours travaillé, cet individu ne pouvait que devenir ce qu’il devient au travers de mes images : s’hybrider, se métisser à l’infini.
Les contraintes liées aux commandes d’illustrations éditoriales ou publicitaires vous permettent-elles d’exprimer votre propre imaginaire ?
J’ai longtemps souffert de ne pas pouvoir m’exprimer totalement sur ces commandes alimentaires, de ne pas pouvoir me les approprier. Avec le temps, là encore, tout tend à se confondre, mon travail personnel nourrit l’alimentaire qui lui-même influe sur des projets intimes dans une espèce de sampling graphique. Lorsque l’Obs m’a commandé une couverture sur le « transhumanisme », je me suis servi de « morceaux » d’images issues du projet personnel sur lequel je travaille, Mondiale™, qui traite du métissage et de la globalisation. Ce nouveau visuel ainsi créé pour la presse magazine ira enrichir l’édition de ce projet personnel.

 

©Beb-deum – Méroé-Ors, image numérique, 120 x 129 cm, 2011

Le travail d’illustration narrative vous préoccupe-t-il toujours ? Avez-vous de nouveaux projets d’album graphique en cours ?
La bande dessinée à été le moyen à mes débuts de pouvoir m’exprimer librement, un espace de création que je n’aurais pu trouver ailleurs, mais le récit n’a jamais été un moteur pour moi, l’histoire devait juste être le prétexte afin de pouvoir inventer des mondes, créer des ambiances dans lesquelles se fondre et me fondre. Petit à petit, j’ai supprimé la narration, les décors,
tout ce qui était très rébarbatif à réaliser et qui, à mes yeux, n’apportait rien. Le désir, qui devait être en moi depuis toujours, était de dépeindre des mondes à partir d’un simple visage, sans doute l’envie de rencontrer l’Autre ou plus simplement encore, celui de pouvoir être accepté ici-bas. Mon travail en cours, qui en est l’illustration, ce Mondiale™, sur lequel je travaille depuis plus de dix ans devrait voir le jour l’année prochaine sous la forme d’une édition et d’expositions d’images fixes et de séquences vidéo. Pour être présomptueux : un art total et immersif dans lequel se fondre…

©Beb-deum - Yu Es Bi chan 2.0 - 80 x 120 cm, 2015

©Beb-deum – Yu Es Bi chan 2.0 – 80 x 120 cm, 2015

Votre style est connu et reconnu. Cela ne peut-il pas devenir un frein potentiel à sa propre évolution ?
Je n’ai pas la sensation d’avoir un style très reconnaissable et affirmé. Mon souci d’aller toujours plus avant vers le réalisme, de vouloir rendre palpable ce qui ne l’est pas, de toucher le réel, concourt, je crois, à ce manque de repères, à cette empreinte un peu floue. Le public est également troublé par ce qu’il pense parfois être de la photographie, par le tirage limité qui en résulte.

Vous avez participé à l’aventure du magazine Métal Hurlant, véritable laboratoire d’audace et de créativité. Pensez-vous que de jeunes dessinateurs peuvent toujours trouver de tels espaces de liberté en 2016 ?
À chaque époque ses problèmes, ce n’était pas si simple quand j’ai démarré, cela ne l’est pas moins aujourd’hui bien sûr. Il n’y a plus les supports presse qui de mon temps accompagnaient
les livres et permettaient de se faire connaître et de toucher davantage de subsides, mais on a la sensation que tout est possible de nos jours, que tout reste à créer et à inventer et pour un créateur, c’est l’essentiel. On découvre des choses incroyables sur internet, tout est ouvert, en connexion, les nouvelles technologies ont tout décloisonné… pour le pire comme pour le meilleur, sans nul doute.

Plusieurs de vos œuvres sont présentes dans la collection de l’artothèque de Lasécu à Lille. Qu’est-ce qui vous a incité à participer à cette aventure ?
En plus de le rendre économiquement viable, on cherche toujours des moyens de montrer son travail. L’artothèque en est un avec, de surcroît, cet aspect de décomplexion salutaire, d’ouverture plus large vers les gens, notamment ceux qui n’entreraient pas dans une galerie ou un musée. Et puis avec Lasécu, tout paraît simple et évident, cela fait un bien fou.

 

©Beb-deum - Noh Girl, image numérique, 120 x 129 cm, 2016

©Beb-deum – Noh Girl, image numérique, 120 x 129 cm, 2016

 

 

BEB-DEUM
Né en 1960 à Fontenay-sous-Bois –  vit et travaille à Auvers-sur-Oise

Auteur de livres dessinés et illustrateur pour la presse magazine ; ses images sont le révélateur de son rapport au monde, centré sur l’humain dans sa multiplicité et sa fragilité.

Le travail qu’il réalise ces dernières années sur le corps métis s’est affirmé, au moyen du numérique, en un questionnement sur l’individu confronté à la globalisation.

Parmi ses livres, on citera PK12, voyages en Centrafrique aux Éditions du Rouergue et Face Box, monographie aux éditions Delcourt. Ses images numériques sont disponibles en édition limitée, numérotée et signée.

Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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