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Alex Rochereau : Indé-Modelable

Les œuvres d’Alex Rochereau, à plus d’un sens, sont remarquables.

Spectaculaires et foisonnantes, elles sont de celles qui se distinguent d’emblée parmi toutes les autres. Happé, l’œil glisse avec gourmandise sur la surface lisse et acidulée des reliefs d’un monde à part. Peuplé d’une faune délirante, de créatures imaginaires, de personnages crus et naïfs, de tout un fourmillement organique et onirique, son univers résonne de références multiples… Tout à la fois baroque, pop, érotique ou religieuse, l’esthétique de ce plasticien résiste à toute classification. Pour nous, il a accepté de lever le voile intime de son cheminement artistique.

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L’Ogre, 33 x 36 cm, Techniques mixtes, 2015

Lorsqu’on découvre vos œuvres, ce qui frappe c’est leur minutie, la diversité des formes et l’éclat de leurs couleurs. On a envie de savoir comment elles sont construites. Pouvez-vous nous parler de votre technique ou cela est-il tabou ?

Non, pas de tabou, je revendique la notion de travail manuel et l’apprentissage de la technique, son domptage, font partie intégrante de mon travail. Mais avant la technique, il y a d’abord l’idée. Il y a une construction mentale de l’œuvre. Lorsque j’ai en tête une image de ce que je souhaite réaliser, je passe directement au volume, sans dessin préalable. Ensuite ce sont plusieurs techniques différentes qui s’enchaînent. Je construis en premier lieu une structure faite de fil de fer et de polystyrène. Je sculpte cette forme qui me servira de base pour le reste du travail. Du papier mâché ou de la fibre de verre, en fonction de la taille de l’œuvre, me permettent de consolider l’ensemble. A l’aide de pâte plastique et de résine, je passe au modelage. C’est là que j’ajoute ou retire des volumes à l’ossature. Je passe ensuite beaucoup de temps sur le ponçage. C’est une étape importante car je souhaite un résultat le plus fin et le plus lisse possible. Puis viennent la peinture et éventuellement le vernis.

St Sébastien, 180 x 85 cm, Techniques mixtes, 2007

Sculpture, modelage, peinture… Qui vous a appris à maîtriser ces techniques ?

C’est le temps, l’expérience et l’envie. L’envie est là depuis très longtemps. J’ai commencé, enfant, avec des figurines en papier, dessinées au stylo. C’était mes petits soldats.  Pendant les années de lycée, je me suis mis au modelage. Des objets en Plastiroc (pâte minérale souple pour modeler en volume. NDLR.). C’est une matière assez coûteuse, surtout si on veut réaliser de gros volumes, je faisais donc essentiellement des petits objets. J’ai fini par arrêter. Puis presque dix ans plus tard, le besoin de travailler de mes mains, de me délasser alors que je préparais ma thèse de Polonais, s’est fait ressentir . J’utilisais le papier mâché pour faire des sculptures que j’offrais à mes proches. Rapidement le côté grossier, un peu bosselé du papier mâché m’a gêné. J’ai commencé à le recouvrir de Plastiroc pour avoir un résultat plus lisse, plus précis. Ensuite la technique a suivi l’exigence de mes envies.

Et l’apprentissage de la peinture dans tout ça ?

à la fin des années 80, pendant près de deux ans, j’ai fait beaucoup d’illustrations, dans un style proche de la bande dessinée. D’abord juste pour moi, pour assouvir un besoin de création. ça m’a permis ensuite de travailler un temps comme graphiste-illustrateur. Avec du recul, quand je regarde ces dessins, j’y voie, en germe l’univers que j’ai essayé ensuite de rendre en volume. C’était très baroque, très chargé, avec beaucoup de personnages. ça m’a permis de progresser dans la maîtrise des couleurs, de me familiariser avec les effets d’ombre par exemple.

Avant vos études de Polonais, vous avez fait les Beaux-Arts. Cela a tout de même dû avoir une influence sur votre création, non ?

J’ai commencé par les Beaux-Arts de Tours. Deux premières années consacrées surtout au dessin et modelage d’après nature. Puis je suis allé à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Dans les années 80, cette école incitait surtout à conceptualiser son art. La démarche y comptait beaucoup plus que le résultat. J’utilisais le fusain et le pastel sec sur de grands formats. Un travail qui ne coïncidait pas aux attentes cérébrales de mes profs. Je me sentais bridé et j’ai tenté de finir mon cursus à Nantes, une école moins rigide, où faire de l’art figuratif ne vous cataloguait pas comme ringard… On m’a incité à passer du fusain à la peinture à l’huile. Mais la rencontre avec ce médium ne s’est pas faite. Trop molle, trop empâtée, sans doute insuffisamment inspirée, ma peinture n’a pas assouvi mes attentes créatives. C’était devenu un magma de matière étouffante. Clairement je ne parvenais pas à m’exprimer, j’étais dans l’autocensure.
Pour résumer, si les Beaux-Arts ont eu un impact sur ma création, c’est plutôt en réaction aux diktats imposés à l’époque. J’y ai surtout appris ce que je ne voulais plus faire.

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Gnons au clair de lune, 86 x 50 cm, Techniques mixtes, 2012

Votre œuvre n’est tout de même pas «que» décorative. D’ailleurs, êtes-vous à ce point réfractaire au concept ?

Je préfère le mot « sens » à celui de « concept ». Le concept induit une idée préconçue de l’œuvre, or j’aime aller vers une part inconnue de moi-même. Une fois l’œuvre achevée, elle prend tout son sens. J’y retrouve des influences enfouies, des références à un style, des artistes ou des souvenirs dont je n’étais pas conscient en commençant sa réalisation. L’aspect décoratif de mon travail ne me gêne pas puisqu’il me permet d’exprimer et d’imbriquer mes influences esthétiques et mon parcours émotionnel. Je ne veux plus avoir à me censurer.

Pouvez-vous nous parler de ces influences qui nourrissent votre travail ?

Il y en a énormément et de plus en plus. La première source d’inspiration, c’est la maison familiale : une déco kitch avec beaucoup de bibelots, de napperons. Une tentative touchante pour reproduire les codes décoratifs des demeures bourgeoises dans un milieu modeste. J’ai eu envie, très rapidement, de parodier cette esthétique. Une façon de lui rendre hommage, pas de me moquer. Mon goût po

ur les mannequins de cire et les dioramas vient très certainement de la présence à la maison de photos des années 50 ou 60, achetées au Musée Grévin par mes parents. J’aimais le côté théâtral et artificiel de ces clichés. J’éprouve plus généralement une véritable fascination pour les arts populaires. La liste est longue : les jouets anciens, l’art forain, les limonaires, les masques de carnaval, les anciennes publicités, les marionnettes, les automates, la bande dessinée…

Art populaire que vous amenez du côté d’un art, disons plus «officiel».

L’art baroque, l’art religieux m’inspirent beaucoup. Mais je n’ai pas envie de distinguer l’art avec un grand «A» d’un art qui serait moins glorieux. On dit souvent que mon œuvre est kitch. Soit, je veux bien, j’assume ce côté kitch. D’ailleurs, certains disent la même chose de la surcharge décorative du Baroque. J’intègre à ma création tout ce qui m’inspire.  Cela crée des rencontres qui peuvent me surprendre moi-même.

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Sardines, Folie’s à l’huile, 40 x 28 cm, Techniques mixtes, 2015

Ce qui peut être surprenant d’ailleurs, c’est l’érotisme de certaines de vos pièces, traitées dans ce style caractéristique, ludique et faussement naïf. Au premier regard on pourrait croire qu’il s’agit de jouets pour enfants.

J’ai fait quelques objets qui peuvent être destinés aux enfants, des figurines, des avions, des voitures et une série de soucoupes volantes. Mais ce qui me plaît c’est de briser les codes, les frontières entre les styles. L’homo-érotisme, le nu masculin m’attirent. C’est naturellement que je l’intègre à mes créations. Mais comme je n’aime pas les chapelles, les
étiquettes, je ne cherche pas à viser un public en particulier. Chacun peut me cataloguer où il le souhaite : art naïf, populaire, kitch, décoratif ou gay. Peu importe au final, ça ne me regarde pas vraiment.

Ces dernières années, vous avez travaillé dans de nombreux domaines, toujours dans votre style, mais en multipliant les techniques : marionnettes, automates, poupées articulées, meubles, hauts-reliefs et bien sûr les statues. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille essentiellement sur de plus petites créations qui me permettent d’affiner mon travail. Je me concentre sur le modelage de l’objet. Je ne souhaite plus devoir gérer des mécanismes trop complexes qui peuvent m’éloigner de la mise en volume. J’ai aimé travailler sur les automates ou les marionnettes, mais les contraintes techniques sont assez lourdes. Les dioramas m’attirent beaucoup en ce moment. La précision et le fourmillement de ces mondes miniatures assouvissent pleinement mon besoin de créer.

Pour conclure, pourriez-vous nous citer deux artistes que vous appréciez particulièrement ?

J’adore le travail d’Henry Darger que je trouve très fort.  Considéré comme un artiste à part, mis dans la case de l’Art Outsider ou de l’Art Brut, son œuvre, inclassable, est magnifique ! J’aime également beaucoup Paul Cadmus. Ses peintures et ses dessins qui mettent en scène de façon très subversive les corps masculins, sont d’un raffinement extrême.


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À Cedernine sont de nouveau menacées par des incendies de forêt. Reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur quatre feuilles de papier vélin.

Henry Darger
écrivain et peintre américain (1892-1973)
Réalisée dans la solitude et le secret pendant toute une vie, l’œuvre d’Henry Darger aurait pu n’être jamais connue du grand public. Peu de temps avant sa mort, alors qu’il venait d’être admis en maison de retraite, les propriétaires de son petit  appartement de Chigago découvrirent chez lui une volumineuse autobiographie ainsi qu’un roman de plus de 15 000 pages, accompagnés de quelques 300 illustrations, souvent de très grand format. L’artiste y relate la lutte de sept petites filles, les «Vivian Girls», contre de sanguinaires adultes. Composés de dessins, de collages, de figures décalquées dans les magazines de l’époque, cette œuvre graphique n’a pas d’équivalent. Parce qu’il n’avait pas de formation artistique, Henry Darger fut rangé dans l’Art Brut. La puissance et la richesse de ses créations dépassent cependant toute tentative de classification. Son travail, désormais mondialement reconnu, inspire de nombreux créateurs. Le LAM (Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut) possède une très belle collection d’œuvres de l’artiste.

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The Bath, Tempera à l’oeuf, 36,4 x 41,4 cm, 1951

Paul Cadmus
Peintre  et dessinateur américain  (1904-1999)
Pendant l’entre deux-guerres, les œuvres de Paul Cadmus, malgré la censure dont elles font régulièrement l’objet, ne passent pas inaperçues aux états-Unis. Sa fascination pour les corps masculins, l’érotisme de ses mises en scènes lui confèrent immédiatement le statut de peintre subversif et scandaleux. Toute sa vie, il expérimente des médiums différents, avec une prédilection pour une technique ancienne, la tempera à l’œuf. Pendant longtemps, son œuvre figurative, qualifiée de «réalisme magique», sera éclipsée en raison de la prédominance de l’abstraction dans les arts américains. À la fin des années 70, à la faveur de l’engouement de la communauté gay pour son travail, il connaît enfin la consécration.

alex_rochereau_portrait_lemonlemagALEX ROCHEREAU

Né au Mans en 1966 – vit et travaille à Lille
Dernières expositions et collaborations :
• 2015 « Dépendances, un salon du petit format », Crash Gallery, Lille
• 2014 Exposition collective, Galerie le 61, Nantes
• 2014 « Sexe et érotisme », Lasécu, Lille
• 2013 « J’ai une soif de baleine dans mon ventre », création de marionnettes pour la compagnie Zapoï
• 2013 « Le crépuscule des Idoles », L’Absence, Nantes
• 2013 « Organisme Onirique », Le Millénaire, La Madeleine
• 2012 « Festival Itinérant de Marionnettes », Saultain
• 2010-2011 Réalisation de sculptures et bas-reliefs sur les balcons de la cité Clémenceau, Lille

Site personnel : www.alexrochereau.fr
Contact : alex.rochereau@sfr.fr

Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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