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Simon Colin – Prothésiste identitaire

Simon Colin, créateur de U-Exist, contribue à changer la vision du handicap en France. En proposant un service de customisation, cet orthoprothésiste hors-norme permet à ses clients de s’approprier pleinement leur appareillage. Nous l’avons rencontré une première fois, lors de notre précédent numéro, pour le shooting mode « PulpFashion ». Marine et Jérôme, nos deux mannequins d’un jour, avaient fait appel à ses services pour la personnalisation de leurs prothèses. Il nous en dit aujourd’hui un peu plus sur son métier et sur la naissance de ce concept original.

propos recueillis par Benjamin Défossez

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La personnalisation des prothèses avec des illustrations, des jeux de textures, semble maintenant tellement évidente qu’on se demande pourquoi elle n’existait pas avant que vous n’en ayez eu l’idée. Comment ce projet a-t-il germé ?

simon-colin-portrait-e1445942794482J’ai toujours voulu travailler dans le paramédical, au service des autres. Lorsqu’en 2005, j’ai intégré le cursus BOP (bandagiste-orthésisteprothésiste) en Belgique, très vite, l’aspect décevantdes prothèses m’est apparu. Elles tentaient vainement d’être dans le mimétisme du corps humain. Au final, elles étaient plutôt glauques et surtout, elles n’aidaient pas le patient à faire le deuil de son membre disparu. Je voulais vraiment travailler l’aspect psychologique du métier, essayer de trouver ce qui pourrait permettre une meilleure acceptation du handicap. En fait, j’avais la solution sous les yeux. J’aime depuis toujours le graff , les illus et le tatouage. Ne restait plus qu’à greffer cet univers artistique au monde aseptisé de la prothèse. J’avais trouvé le sujet de mon mémoire.

L’idée a-t-elle été d’emblée bien perçue ?

Pas du tout. L’école m’a pris pour un illuminé. L’aspect technologique primait sur l’aspect psychologique. J’avais heureusement le soutien des artistes qui étaient très emballés par le sujet. J’ai travaillé, contre vents et marées, pour transposer l’esthétique des tatouages sur les différents types de prothèses existants. J’ai essentiellement utilisé la sérigraphie. Au  final, le jury, composé de professionnels du paramédical, a totalement adhéré au projet et m’a encouragé à poursuivre dans cette voie de customisation prothétique.

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Et comment passe-t-on du concept à la production ? Vous êtes-vous lancé de suite dans l’entreprenariat ?

Pendant que je travaillais à mon mémoire, j’ai créé Custoprothetik, un collectif regroupant tous mes potes artistes qui voulaient faire partie de l’aventure. Les designers, tatoueurs, graffeurs et illustrateurs étaient chargés de personnaliser les prothèses que je mettais en volume. Juste après mes études, j’ai intégré le centre de traumatologie de Bruxelles. C’est là que j’ai eu mes premiers clients, mes premiers cobayes. Je faisais ça gratuitement à l’époque. C’était juste excitant de voir que le concept de customisation pouvait fonctionner. Puis le bouche à oreille, la communication via les réseaux sociaux ont fait le reste. C’est comme ça que tout a commencé.

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U-Exist a été créée en 2014. Qu’est ce qui distingue cette société de Custoprothetik ?

La grande différence, outre la forme juridique, c’est que maintenant nous confions nos transferts aux orthopédistes de nos clients. À l’époque de Custoprothetik, les personnes désirant une personnalisation devaient nous faire parvenir leur prothèse. Il faut une sacrée confiance pour confier ainsi une extension de soi-même à la Poste. Et puis, ça impliquait de ne pas pouvoir disposer de son appareillage pendant un certain temps. Maintenant on essaye de faire coïncider la customisation de la prothèse avec sa création par le prothésiste.

Et j’imagine que ce n’est plus gratuit.

U-Exist emploie maintenant 4 salariés et travaille avec un nombre d’artistes de plus en plus important. Le temps de la gratuité est terminé. Mais l’enthousiasme et la proximité sont toujours présents. Le fait de travailler conjointement avec les différents prothésistes, offre cependant la possibilité à nos clients d’intégrer la personnalisation à la conception globale de leur prothèse. Cela permet une prise en charge partielle ou totale du coût de la customisation.

arthur-simon-colin-e1445943486404Les prix de vos transferts sont variables ?

Nous avons plusieurs types de prestations. Nos clients peuvent choisir parmi les motifs de notre collection existante ou préférer une personnalisation totale en faisant appel au talent de nos artistes. En fonction de la demande, du travail de création à effectuer, les prix peuvent légèrement varier. C’est le même principe que chez un tatoueur en fait. Il faut compter une moyenne de 250€ pour la réalisation d’un motif original. Il appartient alors à vie au patient. Celui-ci peut, s’il le désire, le conserver pour habiller ses futures prothèses.

En tant qu’adepte du street-art et des tatouages tendances, j’imagine que vous drainez surtout une clientèle assez jeune ?

Et bien, pas du tout. Ou plutôt, pas seulement. La customisation de prothèse est sur la même voie de démocratisation que le tatouage. Nous nous adaptons donc à la demande. La personnalisation impose d’être à l’écoute des goûts de nos clients. Nous pouvons les aiguiller vers des styles qui nous semblent leur correspondre au mieux. Nous sélectionnons des artistes qui ont des univers très marqués et, donc, très différents les uns des autres. Cela permet d’honorer tout type de demande. J’ai des clients de 70 ou 80 ans qui adhèrent à notre concept et souhaitent simplement avoir une signature sur leur prothèse. C’est une façon de la rendre unique sans pour autant la recouvrir d’illustrations. Inversement, certains nous demandent des créations plus voyantes : des bras ou des jambes biomécaniques dans un style futuriste.

Illustrer sa prothèse implique-t-il forcément un désir de la montrer ?

Certains préfèrent la garder pour eux, la dissimuler sous leurs vêtements. Mais il faut bien avouer que derrière l’idée de customisation se cache la volonté de changer le regard sur le handicap. En tout premier lieu, ce qui importe c’est le regard du patient. En prenant une part active à la personnalisation de sa prothèse, il peut l’accepter plus facilement par la suite. Dans un second temps, le patient peut décider d’en jouer : « Ok, j’ai une prothèse, mais elle n’est pas  ippante. Elle est plutôt cool et surtout elle ne ressemble pas à un membre mort ! » C’est une façon de briser les tabous, de dire stop au regard gêné ou à la pitié. handiwake-day

Grâce à vous, les prothèses deviennent des oeuvres d’art à part entière. Organisez-vous des expositions ou des évènements qui permettent de les voir de plus près ?

Oui, on participe régulièrement à des expos. Ça permet de réunir dans un même espace nos plus belles créations. Mais pour nos artistes, la véritable satisfaction c’est de savoir que nos patients vont vivre intimement avec leurs oeuvres pendant plusieurs années (les prothèses sont renouvelées tous les 3 ou 5 ans), que leurs créations vont voyager, arpenter les rues, se confronter aux regards. Nous sommes également partenaires de quelques évènements qui réunissent les personnes valides et appareillées sans volonté de distinction. La route du Chti par exemple qui, cette année, a vu concourir une équipe 100% U-Exist dans une course associant paddle et windsurf.

Et en octobre nous organisons Handiwake Day, un week-end d’initiation au wakeboard, en musique et dans la bonne humeur. Car c’est bien ça notre credo, la bonne humeur !

Handiwake Day le samedi 10 octobre 2015 au Spin, Belgique
Découvrez www.u-exist.com

 

 

Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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