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Jean-Baptiste Guey – Le révélateur

JEAN-BAPTISTE GUEY LE RÉVÉLATEUR

Après deux longues heures de déambulations dans les allées d’Art Up (foire d’art contemporain de Lille), l’impression de déjà-vu, à peine rythmée par quelques oeuvres plus accrocheuses, avait sacrément entamé mon enthousiasme initial. Les photos nocturnes de Guillaume Roméro me sortirent immédiatement de ma torpeur. L’alliance des couleurs électriques et de la pénombre masquait, autant qu’elle ne dévoilait, des bâtiments isolés dans la nuit. Le regard était accroché, les émotions en marche. Derrière le pan de mur dédié à l’artiste se cachait un petit espace empli de monde en arrêt devant les photos hypnotiques de Yu Hirai : d’intrigantes figures à la frontière du vivant et de l’inanimé. Malgré les nombreuses sollicitations, le galeriste me renseigna avec précision et enthousiasme sur ces artistes. Ce fut ma première rencontre avec Jean-Baptiste Guey, directeur et fondateur de la galerie Les Bains Révélateurs. Sept mois plus tard, loin de l’agitation de la foire, il prend le temps de nous parler de son métier, de sa passion pour l’art et la photographie en particulier.

Propos recueillis par Benjamin Défossez

Christophe Glaudel - Romain - série Epiphanies - 2007-2013

Christophe Glaudel – Romain – série Epiphanies – 2007-2013

Vous avez déjà, derrière vous, une longue carrière de directeur d’agence de communication. Comment est née l’idée de partir vers de nouveaux horizons et d’ouvrir une galerie d’art consacrée à la photographie contemporaine ?

C’est, en fait, autant un retour aux sources qu’un nouveau départ. Après des études d’Histoire de l’Art et de Lettres, j’ai intégré, en 1989, l’École Nationale Supérieure de la photographie à Arles. À l’époque, j’étais particulièrement attiré par la photo documentaire. Là-bas, j’ai tissé des liens profonds et durables avec les professeurs, les intervenants extérieurs et les étudiants. Beaucoup de ces derniers sont, depuis, devenus photographes d’art, galeristes ou critiques. Même si je n’ai pas achevé le cycle complet proposé par l’école, je n’ai jamais perdu le contact avec le milieu. Vingt ans plus tard, ma passion est intacte. Elle s’est même enrichie de nombreuses rencontres humaines et artistiques. J’ai fini par me dire qu’il était temps de quitter mon agence de communication pour concrétiser ma passion. Je me suis alors totalement investi dans la création des Bains Révélateurs. C’est Christophe Glaudel, un photographe dont j’admire et encourage le travail depuis des années, qui a inauguré la galerie en mars 2014 avec sa série Epiphanies.

Guillaume Romero – Dunkerque, série l’Habitable inhabité, 2014

J’imagine qu’il y a plusieurs façons d’appréhender le métier. Quelle sorte de galeriste êtes-vous ?

C’est un métier qui recèle de multiples facettes. Si on ne parle que du lien entre galeriste et artiste, je dirais qu’avant tout, je privilégie les relations humaines, la proximité avec mes photographes.

Avant même les critères artistiques ?

Les uns ne vont pas sans les autres. L’investissement dans le suivi d’un artiste prend beaucoup de temps et d’énergie. Je ne pourrais pas me lier avec un photographe sur le seul aspect artistique. Il faut établir un pacte de confiance réciproque. Si nous sommes amenés à travailler en étroite collaboration, autant être sur la même longueur d’onde.

En quoi consiste concrètementce travail ?

Le travail d’exposition commence en amont avec la sélection des oeuvres. Ensuite, je m’engage à les éditer pour qu’elles soient idéalement présentées au public. Cela implique d’apporter un soin tout particulier au tirage et à l’encadrement. En parallèle, il faut faire la promotion de l’exposition, communiquer sur les réseaux sociaux, envoyer les cartons d’invitation, imprimer des affiches… et « vendre » bien sûr, condition sine qua non de la survie d’une galerie privée !

À ce propos, grâce, ou à cause, des réseaux sociaux, il est de plus en plus facile pour tout un chacun de diffuser ses propres photos et d’accéder à celles des autres, anonymes ou artistes confirmés. Tout cela ne galvaude-t-il pas le concept d’exposition ?

L’exposition dans une galerie permet justement de marquer une pause dans ce flux d’images incessant. Pour les artistes, c’est une porte ouverte au public, la possibilité d’instaurer un dialogue, de nourrir l’oeuvre elle-même. C’est là que le travail du galeriste prend tout son sens, que la cohérence de sa sélection, la réflexion sur l’accrochage doivent faire la différence.

Quels sont les critères de sélection qui permettent justement d’assurer la cohérence de vos choix ? Y a-t-il un lien entre les différents artistes présentés par la galerie ?

Le point commun entre tous les photographes des Bains Révélateurs réside dans la radicalité de leur travail, l’exigence de leur pratique artistique. Leurs photos permettent de porter un regard neuf sur le monde, apportent une pierre supplémentaire à la construction de l’histoire de l’art. En schématisant, il est possible de distinguer deux approches esthétiques différentes parmi les photographes de la galerie. Guillaume Roméro, Christophe Glaudel, Jean-Michel André et Franck Bernhard pourraient être liés par une même rigueur dans la construction visuelle de leurs photographies. Anaïs Boudot et Yu Hirai, quant à elles, figurent parmi les photographes de l’intime. Elles interrogent d’autres champs de la photographie : le médium, la matière photographique pour la première et les territoires de l’intime pour la seconde. Mais, à dire vrai, c’est leurs différences qui m’intéressent le plus et qui assurent paradoxalement la cohérence de la galerie.

Avez-vous tendance à privilégier les artistes locaux ?

Ce n’est en aucun cas ma priorité dans la sélection des photographes. L’ancrage de la galerie dans le territoire régional m’importe plus que l’origine géographique de mes artistes. Mais comme les galeries spécialisées dans la photo contemporaine sont rares au nord de Paris, les photographes locaux ont tendance à venir me voir plus facilement. J’ouvre mes portes et mon expertise à tous ceux qui souhaitent me présenter leur travail. Au final, c’est l’unicité de leur regard qui m’intéresse, la possibilité d’y déceler un questionnement universel, leur capacité à modifier notre idée de l’art qui me motive.

Yu Hirai - Atelier Berlin - série entre chien et loup © Yu Hirai

Yu Hirai – Atelier Berlin – série entre chien et loup © Yu Hirai

Vous n’exposez pas d’artistes confirmés ?

Ma mission est de découvrir et de faire découvrir des auteurs. Comme son nom l’indique (outre le clin d’oeil à la chimie de la photographie argentique), c’est même l’axe fondateur des Bains Révélateurs. C’est aux musées ou aux grandes institutions culturelles financées par la région ou l’état d’exposer les classiques de la photographie. La découverte de nouveaux portfolios, les échanges et discussions autour du travail des photographes qui viennent me voir est certainement la part la plus excitante du métier de galeriste. L’émergence de mes artistes, la reconnaissance de leur oeuvre est très gratifiante. Je veux qu’ils deviennent les grands noms de demain. Mais je ne m’interdis rien ! Je travaille avec un grand de la photographie belge au montage d’une exposition qui devrait faire date…

Comment se passe l’estimation du prix de vente de ces oeuvres ? Qui décide ?

Ça se fait en collaboration avec l’artiste. Le prix est établi en fonction du sujet et de la rareté du travail, du format et du nombre limité de tirages. Dans ma galerie, une photo ne sera jamais tirée, tous formats confondus, à plus de 30 exemplaires. C’est le gage pour garantir à l’acheteur qu’il est bien en possession d’une photographie d’art. Certains galeristes ont pu abuser de la reproductibilité de leurs oeuvres. Et je ne parle même pas des galeries en ligne qui tirent à plusieurs centaines d’exemplaires et vendent sous le «label oeuvre d’art»… Une usurpation qui décrédibilise le marché et les auteurs ! Non, les collectionneurs ont vraiment besoin d’être rassurés, de savoir qu’ils achètent une photo numérotée, certifiée dont le tirage est réellement limité.

Votre galerie se situe à Roubaix. Ne souffrez-vous pas de la proximité des grandes villes, Lille, Paris ou Bruxelles ? N’est-ce pas un frein à la venue du public et des collectionneurs, justement ?

Roubaix est définitivement une ville qui fait la part belle à l’art et à la culture. La galerie se situe dans le quartier du Musée La Piscine, le « navire amiral » qui voit transiter un large public ouvert à la création, avide de découverte. J’entretiens d’excellentes relations avec les responsables des lieux culturels de la ville. La proximité du Vestiaire, des Maisons de Mode, du BAR et bien entendu de La Piscine offre aux visiteurs un véritable parcours artistique dans le seul quartier de la gare. Avec Eric Rigolaud, directeur du BAR (Bureau d’Art et de Recherche, ndlr), nous essayons notamment d’organiser nos vernissages le même jour, à la même heure. Cela permet de multiplier les publics, de créer des ponts entre les expositions et les pratiques artistiques. Deux fois par an, la tenue de la Nuit des Arts, fait venir plusieurs milliers de personnes à Roubaix, un public éclectique sensible à la nouveauté.

Ce public ne vient donc pas spécifiquement voir de la photographie contemporaine ?

Pas toujours, mais le principal c’est qu’il vienne. La galerie doit être un lieu où « ça vit » , pas un espace feutré et cloisonné où l’on n’ose pas entrer. J’aime accueillir des visiteurs d’horizons divers. Les échanges sont toujours intéressants. Qu’il soit novice, amateur d’art ou véritable connaisseur, l’important est que la confrontation avec les oeuvres exposées puisse susciter des émotions et des questionnements chez le public.

Quelles sont les expositions à venir qui vont contribuer à maintenir cet engouement ?

J’expose depuis fin septembre une série que Jean-Michel André a débuté en 2010 : L’Autre pays. C’est une plongée dans les zones péri-urbaines d’Alicante dans le sud-est de l’Espagne, la région où le photographe a grandi. Il y est retourné des années plus tard pour observer les changements opérés par l’exode rural, les phénomènes de périurbanisations qui en résultent. Je présenterai également cette exposition du 13 au 15 novembre lors de Fotofever Paris, pendant le Mois de la Photo. Dans la foulée, j’ouvre la galerie à une exposition collective Pour une poignée de degrés. Eric Le Brun, qui en est le commissaire, a sélectionné dix photos qui témoignent des effets et des conséquences du réchauffement climatique mondial. L’événement coïncidera avec la COP21 qui se tiendra à Paris en  n d’année.

Franck Bernhard - Regard étranger - 2009

Franck Bernhard – Regard étranger – 2009


FOCUS SUR DEUX ARTISTES DES
BAINS RÉVÉLATEURS

Jean-Michel André - L'Autre pays #7, 2015

Jean-Michel André – L’Autre pays #7, 2015

Jean-Michel André

 

Artiste photographe né en 1976, Jean-Michel André poursuit un travail de création photographique au croisement des lectures plastique et documentaire. Ses séries (Maroc épuré en 2010, Dos à la mer en 2012…) s’élaborent au gré des rencontres qu’il provoque et des paysages qu’il arpente sur le continent africain, dans la Caraïbe et aujourd’hui, en Europe. Il ne prétend pas dire un territoire ou ses habitants. Jean-Michel André préfère emprunter les chemins de traverse : révéler l’ombre, inviter à l’exploration d’une géographie intime, d’une géographie du manque. Son approche esthétique repose sur la théâtralisation du réel et de l’espace. Une démarche à découvrir en ce moment dans le cadre de son exposition personnelle «L’Autre pays» à la Galerie Les Bains Révélateurs de Roubaix.


Anaïs Boudot - Sans titre, série Félûres

Anaïs Boudot – Sans titre, série Félûres

Anaïs Boudot

 

Diplômée de l’École Nationale de la Photographie (Arles) et du Studio National des Arts Contemporains Le Fresnoy, Anaïs Boudot travaille plus sur le médium photographique qu’elle ne fait de la photographie. S’interrogeant sur les conditions de perception des images, elle nous livre des créations énigmatiques, presque fantomatiques… des «espaces hybrides et chimériques, où le réel danse avec le diable » pour reprendre les mots justes de Michel Le Belhomme. Elle poursuit aujourd’hui ce questionnement de la représentation du réel via l’installation et la création vidéo. À découvrir du 13 novembre au 19 décembre dans le cadre de la Biennale «Watch this space », son exposition «Éclats de la lune morte» au Centre Arc en Ciel de Liévin.

www.lesbainsrevelateurs.com

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Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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