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NY l’attraction des astres

JE ME SUIS TOUJOURS DEMANDÉ CE QUI M’ATTIRE TANT À NEW YORK.

Parce qu’à y regarder de plus près, cette ville n’a pas grand chose pour elle. Elle n’est pas très belle, elle est sale, elle sent mauvais et surtout elle est folle. Pas d’une folie douce et paisible, mais d’une folie furieuse, permanente et parfois oppressante. Alors pourquoi me manque-t-elle tant chaque fois que je la quitte ? À en croire les différentes personnes qui y sont allées ou y ont vécu, je ne suis pas le seul à être ‘‘accro’’ : on revient toujours à New York.

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DEPUIS LONGTEMPS, LA VILLE EXERCE UNE ATTRACTION PARTICULIÈRE DANS LE MONDE.

Les raisons de cet engouement sont multiples. S’y rendre n’a jamais été aussi aisé (les vols sont nombreux et à des prix abordables), s’y déplacer est d’une facilité déconcertante, mais surtout, c’est une des principales portes d’entrée vers le rêve. Ce rêve que l’on a tous de réussir sa vie, d’être maître de son destin et d’atteindre ses objectifs. Là-bas, la sensation d’être au centre du monde est en effet omniprésente. Les exemples de personnes parties de rien et que New York a propulsé ne manquent pas : Madonna, Jay-z, Basquiat, Andy Warhol, Woody Allen… Bien sûr, chacun ne rêve pas de devenir une star planétaire, mais une chose est certaine, à moins d’y être en simple touriste, personne ne vient à New York sans objectif. Doper sa carrière, percer dans son art, étudier, se constituer un pactole avec des petits jobs pour construire un projet ici ou ailleurs, envoyer de l’argent à sa famille à l’étranger ou simplement y survivre, chacun place le curseur du rêve au niveau de ses propres attentes et tout le monde se démène pour atteindre son Graal. C’est toute cette énergie dépensée au quotidien par des millions de personnes qui fait de New York ce qu’elle est, une ville qui ne se repose jamais et qui vit à 100 à l’heure. Et quand vous interrogez ses habitants sur cette vie de dingue, ils vous répondent fièrement : « This is New York. »

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FLOYD LEON FULLER, 73 ANS, EST UN HABITANT DU QUARTIER DE CHELSEA À NY.

Il a eu dans le passé son heure de gloire au Théâtre Appolo de Harlem. Il dit chanter et danser mieux que Michael Jackson lorsqu’il se « produit » notamment sur la High Line, cette ancienne ligne de métro aérienne transformée en promenade bucolique. C’est un régal pour les yeux. Atypique et attachant, il ne fait pas cela que pour l’argent mais chaque billet gagné est un plus pour cet homme qui cherche encore, avant toute chose, à vivre le rêve d’être un jour reconnu pour son talent. L’origine du rêve américain est à rechercher dans les actes fondateurs des États-Unis d’Amérique sous les termes de « droit au bonheur ». Ce concept suppose que, par son travail, son ambition et sa persévérance, chacun peut réussir sa vie. Ce rêve, non seulement les américains y tiennent mais ils le cultivent avec  erté. En témoignent les discours galvanisants de Barack Obama, les nombreux  lms et séries où le personnage principal tombe d’abord au plus bas pour mieux se relever, plus fort et plus déterminé, pour  nir au sommet (la saga Rocky,  e social network,…). À New York, plus qu’ailleurs, cette culture de l’espoir est une évidence.

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MALGRÉ TOUT, LE RÊVE A SES LIMITES.

En proportion, il y a moins d’élus que de participants. Mais comme « 100% des gagnants ont tenté leur chance », ça sut pour attirer toujours plus de joueurs à cette grande loterie de la vie. S’il y a les élus, il y a aussi les exclus. Ici on se retrouve souvent dans des situations dramatiques car il ne faut pas se bercer d’illusions, même s’il est bien réel, le rêve américain n’est accessible qu’aux plus « forts », les autres, quant à eux, se retrouveront broyés par la machine à Dollars. Ce sacro-saint Dollar qui dé nit la réussite de chaque personne tentant sa chance à New York. De ce fait, la ville n’accepte pas les accidents de la vie comme la maladie ou le chômage.

Le système social Américain est à des années lumières du nôtre et même s’il existe une assurance chômage ou une assurance maladie, elles sont tellement limitées et chères qu’il vaut mieux apprendre à vivre sans. En Février 2015, New York a totalisé le chi re record de 60 000 SDF dont 25 000 enfants. Toutes ces personnes ont tenté leur chance et se sont heurtées à la dure réalité new-yorkaise : loyers exorbitants, vie chère, emplois souvent précaires, sans compter la crise qui est passée par là et qui n’a rien arrangé. Bill de Blasio, le maire actuel de New York a relogé une petite partie de ces personnes et, fait inédit, a même décidé d’o rir un aller simple en avion à toute personne pouvant justi er de son retour auprès d’un proche pouvant lui venir en aide.

Nous avons évidemment notre part d’accident de la vie et de situation dramatique en France, mais outre-atlantique, la grande di érence réside dans la force de ce rêve américain. À New York, comme dans le reste des États-Unis, la chute, même si elle fait mal, n’est pas une casserole que l’on devra se traîner à vie.
Cet état d’esprit particulier aide au rebond.
À New York, c’est une expérience et l’on entend souvent dire d’un chef d’entreprise qui a échoué qu’il sera meilleur dans sa future entreprise parce qu’il saura exactement quoi faire pour ne pas chuter de nouveau. L’erreur fait partie de l’apprentissage, on ne peut qu’en ressortir grandi. Le mythe de la ville se nourrit de ses success stories, de ses habitants, partis de rien, ayant touché le fond et qui se battent pour se relever a n d’atteindre les sommets. Comme l’histoire du fameux Naked Cow-boy de Times Square.

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DRÔLE DE MÉTIER QUE CELUI DE JOHN BURK

Diplômé de sciences politiques, il se produit tous les jours quelque soit le temps sur Times Square en slip, santiags, stetson, sans oublier l’indispensable guitare sur laquelle il claque quelques accords miteux. Il gagne sa vie en se faisant photographier contre quelques dollars. C’est son rêve américain à lui. Bof bof me direz-vous ? Mais lorsque l’on gratte le vernis de cette activité que beaucoup trouvent ridicule, on se rend compte que celui qui dit gagner plus de 300 dollars par jour, gère d’une main de fer un véritable petit empire. Il a d’abord déposé le concept de « gars tout nu ». Donc que ce soit un cow-boy, un indien, un banquier ou qui que ce soit, chaque performer naturiste doit se franchiser et lui reverser des royalties. Depuis qu’il officie, il est devenu une attraction touristique à part entière. Il est aussi connu que l’Empire State Building. Les marques s’arrachent son image. Son juteux partenariat avec fruit of the loom en témoigne. M&M’s, qui n’avait pas pris soin d’acheter les droits avant d’arborer en vitrine une cacahuète chocolatée déguisée en cow-boy tout nu, a été immédiatement traîné en justice. John Burk souhaitait se lancer dans la carrière de mannequin. À l’époque, pour survivre, il jouait de la guitare, le soir venu, sur les plages de Los Angeles. Il ne gagnait vraiment pas beaucoup d’argent jusqu’au jour où il se mit à jouer en slip. Son arrestation par la police fut brièvement évoquée par la télévision locale. Ce fut le déclic, le piètre guitariste se rendit compte qu’il tenait là un concept. Ne restait plus qu’à surfer sur cette médiatisation naissante. Il décida d’organiser un tour des États-Unis en slip, en prenant soin de prévenir lui-même la police et la télé, de l’heure et de la place des ses prestations « musicales ». Il termina sa tournée à New York où il décida de poser ses bottes et de monter son mini empire. Ridicule ou pas, il vit son rêve et la ville le lui rend bien, faisant de lui une véritable légende que l’on vient voir du monde entier. Ah oui, j’oubliais, si vous le souhaitez il peut vous marier légalement sur Times Square et se déplace partout dans le monde pour des représentations privées.

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C’est souvent ce type d’histoires qui est mis en avant pour motiver les new-yorkais :

‘‘NE LÂCHEZ PAS, RIEN N’EST IMPOSSIBLE’’

Le plus bel exemple de rebond est certainement celui de la ville elle-même. 11 Septembre 2001, pas besoin de refaire l’histoire, tout le monde se souvient. Demandez à n’importe qui ce qu’il faisait ce jour-là, il vous répondra précisément. Pour le 12 ou le 10 c’est moins sûr. Très rapidement, New York a rebondi de manière impressionnante, sans oublier ce jour, le plus sombre de son histoire. 5 nouvelles tours ont été construites dont la One World Trade Center, plus grande que les anciennes. Un mémorial a été créé sur le site des Twin Towers rendant hommage à chaque personne tuée ce jour-là (près de 3000) et la ville s’est reconstruite en renforçant son statut de centre du monde, attirant encore plus de candidats au rêve. Certains sont horri és par cet état d’esprit newyorkais, le quali ant d’esclavagisme moderne, d’autres en sont admiratifs. Dans tous les cas, c’est le moteur de la ville, de ses habitants, sans qui New York ne serait qu’une coquille vide sans âme ni énergie.

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QUEL POINT COMMUN PEUT-IL Y AVOIR ENTRE NEW YORK, LES TORTUES NINJA, SPIDERMAN, IRON MAN, BATMAN, MARIO BROS ET MICKEY ? …

Et bien c’est sur Times Square que toutes ces icônes américaines se rassemblent dans l’espoir avoué de vous soutirer quelques dollars contre une photo avec eux, photo que vous aurez d’ailleurs pris soin de réaliser vous-mêmes. Times Square est rempli de ces personnages qui arborent souvent des costumes miteux dans lesquels toute une pléiade d’espèces microscopiques ont pris leurs quartiers. D’apparence, c’est bon enfant, mais la ville de New York les voit comme un véritable fléau depuis que Spiderman a jugé utile de se battre avec plusieurs policiers après avoir agressé verbalement la maman d’un enfant qui refusait de lui donner le pourboire attendu… ou depuis que Mario Bros s’est rendu compte que les dames qui posaient avec lui avaient, comme tout le monde du reste, une paire de fesse pas désagréable à tripoter. Il faut savoir que cette activité n’est pas réglementée mais qu’elle est protégée par la constitution dans le cadre de la liberté d’expression. Aux yeux de la loi, il s’agit de « performers », même si la performance est franchement très limitée. Sauf que derrière les costumes se cachent souvent des américains désespérés qui n’ont trouvé que ce moyen pour survivre. Sans compter que certains ont un casier judiciaire long comme le bras. C’est une des raisons pour laquelle la police est présente en permanence sur Times Square. Mais rassurez-vous, si vous croisez un de ces personnages, ce n’est pas la peine de partir en courant, la plupart sont très sympathiques et ne dissimulent pas un tueur en série. Soyez juste vigilants et sachez que le pourboire n’est pas une obligation. La ville a d’ailleurs mené une grande campagne de sensibilisation à ce sujet l’année dernière. Times Square, c’est aussi l’endroit où beaucoup cherchent à vivre le quart d’heure de gloire promis par Andy Warhol. Chacun a sa façon, du prêcheur à la fille topless. Si l’on s’assoie et que l’on prend la peine d’observer autour de soi, c’est un spectacle permanent dans lequel on ne se sent jamais en insécurité car, business is business, rien ne doit freiner la vague consommatrice que composent les touristes sur Times Square. Alors la ville veille, elle reste permissive mais au moindre faux pas elle intervient immédiatement et en public, comme pour mieux montrer sa toute puissance.
This is aussi New York

Réalisation : Frédéric Capelle

Antoine Marquant

antoinem@antoinem.com

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